Le Génie royal canadien joue un rôle direct dans l’étude, le désarmement et l’analyse des bombes aériennes japonaises « Fu Go » qui atteignent le Canada pendant la Seconde Guerre mondiale. Son travail s’est concentré sur le déminage, l’inspection des sites et le renseignement technique.
Le programme japonais Fu Go –frapper l’Amérique du Nord à l’aide de ballons chargés d’explosifs – voit le jour en 1926. Le météorologue Wasaburo Oishi cartographie le puissant courant-jet d’ouest en est, offrant à l’armée japonaise une portée intercontinentale potentielle. Le raid de Doolittle de 1942 révèle la vulnérabilité du Japon aux attaques aériennes américaines, le Premier ministre Tojo exige des représailles. La réponse fut la première arme intercontinentale au monde : la bombe-ballon Fu Go remplie d’hydrogène.
Fabriqué à partir de papier kozo léger, chaque ballon mesurait dix mètres de diamètre et transportait une charge mortelle : quatre bombes incendiaires, une bombe avec quinze kilos d’explosif et des charges éclair pour effacer toute trace. Les ballons contrôlaient l’altitude en larguant des sacs de sable alors qu’ils dérivaient au-dessus du Pacifique. En théorie, ce système maintenait l’engin en vol les trois à quatre jours du voyage de 7 000 kilomètres vers l’Amérique du Nord.
En pratique, les batteries gelaient, les mécanismes de lestage se bloquaient et les pluies hivernales du nord-ouest rendaient les bombes incendiaires largement inefficaces. Des 9 000 à 10 000 ballons lancés à partir de novembre 1944, environ 10 % ont atteint le continent nord-américain.
Le Canada rencontre des Fu Go le 1er janvier 1945 près de Stony Rapids, Saskatchewan. Au cours des mois suivants, on retrouve au moins quatre-vingts à travers le pays. Le 12 janvier à Minton, Saskatchewan, un ballon presque intact avec bombes et lests est pris dans une clôture. L'analyse du sable des lestages révèle des fossiles propres à la côte est de Honshu, confirmant les sites de lancement et réfutant les théories de déploiement par sous-marins.
La lutte contre ces ballons s’avère difficile. Le 21 février 1945, le sous-lieutenant Maxwell, de l’escadron 133 (chasse), réalise la première « destruction en vol » du Canada près de Chilliwack, Colombie-Britannique. Deux autres destructions confirmées suivent en mars. Les Rangers de la Milice de la côte du Pacifique ont repéré des ballons et sécurisé les sites de crash, tandis que la Gendarmerie royale du Canada et la Marine royale canadienne se chargeaient des récupérations au sol et en mer. Les sapeurs se concentrent sur le désobusage et le renseignement technique.
La censure compliqua la situation. Un black-out médiatique empêcha le Japon d’évaluer le succès de l’opération, mais entrava également les reportages civils. Le danger était bien réel : le 5 mai 1945, un Fu Go tua six civils près de Bly, dans l’Oregon. C’est le seul cas connu de décès causés par ce programme pendant la guerre.
La campagne des Fu Go a mis en évidence des vulnérabilités et exigé une vigilance constante sur une vaste frontière. Aujourd'hui encore, des vestiges refont parfois surface dans des forêts reculées — échos silencieux d'une guerre étrange, portée par le vent, menée au-dessus du Pacifique.