À Pictou, en N.-É., des Noirs se rassemblent
au quartier général du 2e Bataillon
de construction, une unité du Corps expéditionnaire
canadien qui recrute des hommes « de couleur ».
Il a fallu près de deux ans de lobbyisme intensif pour
que des Noirs soient admis dans l'armée. Ces citoyens
considèrent le service de guerre non seulement comme
la grande aventure de leur vie, mais également comme
leur droit et leur responsabilité. Le major-général
Willoughby Gwatkin, à Ottawa, ne partage cependant pas
cette opinion, puisqu'il y a seulement quelques semaines il
écrivait dans une note de service officielle «
. le Noir civilisé est suffisant et servile; au Canada,
ce n'est pas son sens aigu du devoir qui le pousse à
s'enrôler ». Sous la pression intense, le mgén
Gwatkin revient finalement sur ses positions, suffisamment comme
il le dit, « pour leur permettre de former un ou plusieurs
bataillons de travail. Les Noirs de la Nouvelle-Écosse,
par exemple, pourraient être employés à
cette fin ».
Les 19 officiers du bataillon, sauf un, sont blancs. L'aumônier,
le capitaine honoraire William A. White, sera le seul noir commissionné
à servir au cours de cette guerre. Le personnel subalterne
du bataillon regroupe principalement des cheminots natifs de
la Nouvelle-Écosse, mais également des hommes
du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario et de l'Ouest canadien. L'effectif
complet du 2e Bataillon de construction comprend
en tout 605 militaires de tous grades.
Au terme de son entraînement élémentaire
et d'une période de chargement ferroviaire au N.-B. pour
la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada, le bataillon
s'embarque pour Liverpool, le 28 mars 1917, à bord du
SS Southland. Ce déploiement exige un important travail
d'état-major à Ottawa, puisque les soldats blancs
refusent de partager les cabines exiguës du transport de
troupes avec les soldats noirs. En mai, le bataillon arrive
en France où il est rattaché au 5e
District du Corps forestier canadien. Tout au long de la guerre,
les soldats du 2e Bataillon de construction construisent
des routes, des chemins de fer, des ponts et des ouvrages défensifs,
souvent sur un terrain bourré de matériel militaire
non explosé dans des zones dangereusement proches de
la ligne de front. Nombre d'entre eux sont blessés et
certains tués par les tirs d'artillerie et les gaz toxiques
autant que dans des accidents de construction. |