En Italie, la 1re Division du Canada, dirigée par le
Major-général Christopher Vokes, se prépare
à traverser le fleuve Moro en force et à assurer
une tête de pont solide. L’heure H est établie
à 15 h 30, la fin de l’après-midi à
ce moment de l’année. Au quartier général
de la 1re Brigade, les peintres de guerre Charles Comfort, Will
Ogilvie et Ken Cottam se dirigent en jeep vers le fleuve, traversant
une oliveraie jusqu’à une haie où ils cachent
leur véhicule. Ils sortent prudemment de la jeep, puis,
ils longent la haie, rampant jusqu’au rebord de la crête
donnant sur la rive sud du fleuve. Le sol est trop dur pour creuser
une cache, les artistes s’installent donc le plus bas possible
dans l’herbe drue. À leur droite, l’embouchure
du fleuve est sous l’emprise du Hastings and Prince Edward
Regiment depuis le 7 décembre au matin. À leurs
pieds, le fleuve Moro, un cours d’eau boueux qui sillonne
entre les arbustes et les cépées de saule au fond
d’une vallée faisant 200 pieds de profondeur et 1000
verges de largeur. La route menant à San Leonardo traversait
auparavant le fleuve grâce à un pont de ciment, qui
n’est désormais plus qu’une ruine. Au bord
du fleuve, deux chars d’assaut du Calgary Regiment sont
dissimulés parmi les saules. Les artistes aperçoivent
à distance des bâtiments de ferme, des champs luxuriants
et, au loin, les toits d’Ortona massés autour du
dôme de la cathédrale San Tomasso.
Cinq minutes avant l’heure H, un simple projectile d’artillerie
siffle dans la vallée. Puis, à l’heure initiale,
l’artillerie divisionnaire fait feu et les trois artistes
s’agrippent au sol, paralysés de frayeur sous les
tonnerres des feux de l’attaque. Soudain, deux soldats surgissent
dans leur champ de vision, portant des bandes de cartouche tels
d’immenses colliers de laiton. Les mitrailleurs du Saskatchewan
Light Infantry s’installent dans un bosquet et attendent
le signal – que les artistes ont peine à distinguer
parmi les bruits assourdissants des obus. Même si l’attaque
enveloppe la crête d’une nappe de fumée de
cordite, les artistes aperçoivent les mitrailleurs pilonner
les Allemands de l’autre côté du fleuve avec
des éclats vibrant tel un marteau-pilon, ce qui entraîne
une réplique des mitraillettes Schmeisser, au bruit de
casse perçant.
À 16 h 45, les peintres observent les débuts d’une
attaque de l’artillerie allemande tandis que dans la vallée
en contrebas, des hommes ébranlés et désespérés
tentent de trouver un abri sûr. Il s’agit de soldats
du Royal Canadian Regiment, qui ont traversé le fleuve
grâce à la tête de pont du Hastings quelques
instants seulement avant qu’une contre-attaque allemande
tente de la détruire. Pendant ce temps, les 48th Highlanders,
qui ont traversé le fleuve en amont de la cachette des
artistes, entreprennent une attaque frontale sur la route menant
à San Leonardo. Ayant étudié la contre-pente,
ils font de grands progrès, malgré un barrage allemand
qui surprend une compagnie aux abords du fleuve.
Dans la vallée en contrebas, aux abords du ruisseau,
les sapeurs de la 3e Compagnie du Génie royal canadien
construisent à l’emplacement de l’ancien pont,
un point de traverse pour les véhicules blindés
de combat. Même avec le bruit assourdissant de la bataille
qui s’intensifie, les peintres peuvent entendre un bulldozer
qui gronde alors qu’ils retournent au quartier général
de la brigade à la brunante, la prudence ayant finalement
pris le pas sur leur curiosité. Les sapeurs travaillent
toute la nuit, sous un feu nourri provenant de l’autre rive,
pour aplanir les berges afin d’asseoir leur « pont
». Le conducteur du bulldozer, le Sapeur M.C. McNaughton,
est le héros de cette entreprise et la traverse est prête
au matin. Les chars d’assaut canadiens traversent donc le
Moro à 7 h, le 9 décembre, et le Sap McNaughton
reçoit la Médaille militaire pour son effort nocturne.
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San Leonardo di Ortona (Italie), le 10 décembre 1943 : Le Lt Ian Macdonald, des 48th Highlanders (debout, avec les jumelles) avec (de gauche à droite) le Sgt J.T. Cooney, le Sdt A.R. Downie, le Sdt O.E. Bernier, le Sdt G.R. Young (à genoux, avec une carabine Lee-Enfield), le Cpl T. Fereday et le Sdt S.L. Hart (en position couchée avec un fusil Bren).
Frederick G. Whitcombe
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