À Westmount (Qc), une ville à majorité
anglophone (et plutôt cossue) complètement encerclée
par Montréal, cinq boîtes à lettres explosent
entre minuit et l'aube. Chacune contenait une bombe constituée
de quatre cartouches de dynamite et d'un détonateur relié
à une montre de poche bon marché. Les bombes avaient
été posées par des membres du Front de
libération du Québec.
Ne sachant pas combien d'autres bombes ont été
posées dans la ville, la police fait appel à l'Armée.
Il faut inspecter toutes les boîtes à lettres,
une tâche colossale, et protéger les gens. On repère
cinq autres bombes, que la police s'active à désamorcer
dans les plus brefs délais.
L'un des rares experts montréalais en matière
d'explosifs est le sous-officier breveté de 2e classe
Walter « Rocky » Leja, du 3e Régiment d'artillerie
de campagne, Corps royal du génie canadien. Le sergent-major
Leja n'a jamais désamorcé une bombe terroriste
(peu de Canadiens l'avaient déjà fait), mais il
a une vaste expérience des munitions militaires et il
est courageux.
La première bombe que doit désamorcer le sergent-major
Leja se trouve près d'une école; il tente de la
hisser jusque de l'autre côté de la rue en se servant
d'un crochet attaché à l'échelle aérienne
d'un camion d'incendie. Lorsque le fourgon lourd renverse la
boîte à lettres, il saisit la bombe et la transporte
dans ses mains en lieu sûr.
La deuxième bombe se trouve sur une rue passante du
centre-ville; le sergent-major Leja n'a que deux possibilités
: la faire exploser ou la désamorcer sur place. Il tend
calmement le bras dans la boîte à lettres, retire
la bombe et la démonte sur le trottoir.
La troisième bombe ressemblant beaucoup à la
deuxième, le sergent-major Leja décide de la traiter
de la même façon. Dès que sa main gauche
entre en contact avec l'engin, la bombe explose, lui infligeant
des blessures horribles dont il ne s'est jamais remis.
Pour son courage exceptionnel et son attachement hors pair
au devoir, le sergent-major Leja reçoit la Médaille
de Georges en janvier 1964. En 1966, il déménage
à l'hôpital des anciens combattants de Sainte-Anne-de-Bellevue
(Qc), où il demeure jusqu'à sa mort en 1992. |